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DE 1840



Portrait de Ludovic Vitet © Bibliothèque nationale de France

Portrait de Ludovic Vitet © Bibliothèque nationale de France




Le Service des monuments historiques

1830-1834 : les premiers inspecteurs des Monuments historiques

Les tentatives de la Révolution et du premier Empire en faveur de l'inventaire et de la sauvegarde du passé de la France se concrétisent en 1830, dans un contexte de réconciliation nationale, par la création d'un poste d'inspecteur général des Monuments historiques. Le 21 octobre, Guizot, ministre de l'Intérieur, propose au roi de nommer le jeune historien Ludovic Vitet. Appelé à d'autres fonctions, il est remplacé le 27 mai 1834 par Prosper Mérimée. Celui-ci parcourt alors la France en tout sens, rencontrant préfets, maires, clergé et antiquaires pour plaider la cause des monuments. Dans son rapport au roi de 1831, Vitet définit ainsi les missions qui lui ont été confiées: "Constater l'existence et faire la description critique de tous les édifices du royaume qui, soit par leur date, soit par le caractère de leur architecture, soit par les évènements dont ils furent les témoins, méritent l'attention de l'archéologue, de l'historien, tel est le premier but des fonctions qui me sont confiées ; en second lieu, je dois veiller à la conservation de ces édifices en indiquant au Gouvernement et aux autorités locales les moyens soit de prévenir, soit d'arrêter leur dégradation."

Cependant, le rapport de Vitet sur les départements du nord de la France puis ceux de Mérimée montrent bien les difficultés rencontrées sur le terrain où leurs recommandations restent souvent lettres mortes auprès des élus et du clergé. À Poitiers, il faut de longues négociations pour sauver le baptistère Saint-Jean voué à la démolition, négociations qui aboutissent à la première acquisition réalisée par le Service des monuments historiques. C'est pourquoi, dès 1833, Vitet réclame une loi sur les monuments, loi qui ne sera votée qu'en 1887 "Si vous ne m'armez d'un bout de loi, d'ici dix ans il n'y aura plus un monument en France, il seront tous ou détruits ou badigeonnés."

L'organisation du service

Dans les premières années l'inspecteur général ne possède pas de budget propre et les subventions qu'il attribue sont imputées sur celui des établissements sanitaires et thermaux. À partir de 1836, il bénéficie d'un chapitre spécial pour "la conservation d'anciens monuments historiques et les travaux d'intérêt général dans les départements". Les subventions sont attribuées après avis de l'inspecteur général, en fonction de ses tournées et d'après les demandes des députés et des préfets. Les premières grandes campagnes de restauration concernent les édifices gallo-romains comme ceux d'Orange, Arles et Nîmes. Mais, dès 1833, l'attention se porte aussi sur les édifices médiévaux et l'on voit apparaître dans les dépenses les églises de Saint-Paul de Lyon, Saint-Jacques de Dieppe, Saint-Benoît-sur-Loire ou Saint-Maximin par exemple. Afin d'empêcher l'émiettement des crédits, le ministre demande aux préfets, dans une circulaire du 10 août 1837, de donner la liste des anciens monuments de leurs départements, de les "classer" par ordre d'importance et d'indiquer les sommes nécessaires à leur restauration. Cette première liste de monuments, dite "liste de 1840", comprend aussi bien des monuments mégalithiques et gallo-romains, des églises médiévales, des châteaux que des objets. comme des tombeaux (sépulcre de Saint-Mihiel), vitraux (chapelle de Champigny-sur-Veude) ou tapisseries (broderie de Bayeux), mais aucun édifice postérieur au XVIe siècle. Les cathédrales administrées par le service des Cultes et les bâtiments civils n'y figurent pas. Si le terme de "classement" apparaît ici pour la première fois, il est alors destiné à faciliter le travail de l'administration.

  Les acteurs de la protection des monuments historiques en 1840
  Liste des monuments pour lesquels des secours ont été demandés (1840)