UN MÉTIER À CRÉER

La conservation, une idée révolutionnaire

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historiques

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L'INVENTION D'UNE DOCTRINE

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LES MONUMENTS CLASSÉS
DE 1840



Cathédrale Sainte-Croix d'Orléans, par Médéric Mieusement. Archives photographiques (Médiathèque de l'architecture et du patrimoine) © CMN

Cathédrale Sainte-Croix d'Orléans, par Médéric Mieusement. Archives photographiques (Médiathèque de l'architecture et du patrimoine) © CMN




La conservation, une idée révolutionnaire


Conserver, restaurer, le mot et la chose sont modernes

Eugène Viollet-le-Duc

On peut dire que c'est à la Révolution qu'appartient l'idée de conserver les monuments. En effet, les destructions et les saisies révolutionnaires amènent quelques érudits comme l'abbé Grégoire à tenter de sauver, malgré l'hostilité du peuple à la conservation des édifices religieux et des témoignages de la féodalité, des monuments, sculptures, tableaux, objets d'art et bibliothèques, en les déclarant propriété collective de la Nation.
Jusqu'alors, les hommes faisaient œuvre de nouveauté et se souciaient peu de maintenir les monuments vieillis, trop petits ou désaffectés ; ils les détruisaient ou les mettaient au goût du jour sans soucis du respect du style antérieur. C'est ainsi que les cathédrales gothiques ont succédé aux cathédrales romanes, qui elles même, ont remplacé des édifices carolingiens et que bien des édifices nous paraissent aujourd'hui disparates.

L'église de l'abbaye de Saint-Maixent a été reconstruite de 1670 à 1682,  par le comte Henri de Lestrange. Archives photographiques (Médiathèque de l'architecture et du patrimoine) © CMN

L'église de l'abbaye de Saint-Maixent a été reconstruite de 1670 à 1682, par le comte Henri de Lestrange. Archives photographiques (Médiathèque de l'architecture et du patrimoine) © CMN

Les précurseurs

À la fin du XVIIe et au XVIIIe siècle l'intérêt des savants se porte sur les Antiquités nationales ; leurs recherches s'appuient sur l'étude des textes et les "monuments", alors aussi bien des archives, des édifices que des objets, sont pris en compte comme témoins du passé. Gaignières constitue une collection de dessins de "monuments", tombeaux, verrières, tapisseries, costumes, vues de villes. Montfaucon publie Les monuments de la Monarchie françoise, histoire de la France par règne, illustrée des inscriptions, des sceaux, des vitraux, des sculptures et de Laborde publie, en 1784, Le Voyage pittoresque de la France dont les gravures sont accompagnées de courtes notices.

Les architectes néoclassiques du XVIIIe siècle n'ignorent pas l'architecture gothique qui devient un objet d'étude, d'autant que les procédés de construction roman et gothique sont encore fréquemment utilisés lors de l'achèvement ou de la restauration des édifices : reconstruction de la cathédrale d'Orléans commencée sous le règne d'Henri IV et achevée en 1829, restaurations, très habiles de Saint-Étienne de Caen de 1603 à 1613, de la cathédrale de Noyon de 1732 à 1755 et des églises de la vallée du Rhône après les guerres de religion.
Soufflot présente, en 1747, un mémoire sur l'architecture gothique, Patte, en 1777, étudie le système des voûtes à croisée d'ogives, et, si Blondel critique l'ornementation gothique "faite de figures extravagantes aux postures bizarres et indécentes" il estime que "les églises gothiques sont construites avec tant de légèreté et de hardiesse qu'on ne peut leur refuser l'admiration".