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Dans la nouvelle Lokis, le comte Michel Sémioth, sorte d'homme-ours, en proie au vampirisme, tue la jeune femme qu'il vient d'épouser en la mordant à la gorge, avant de disparaître. Études sur la physionomie de l'homme dans ses rapports à celles des animaux, par André Legrand d'après Charles Le Brun, 1806. Musée du Louvre © RMN

Dans la nouvelle Lokis, le comte Michel Sémioth, sorte d'homme-ours, en proie au vampirisme, tue la jeune femme qu'il vient d'épouser en la mordant à la gorge, avant de disparaître.
Études sur la physionomie de l'homme dans ses rapports à celles des animaux, par André Legrand d'après Charles Le Brun, 1806. Musée du Louvre © RMN



Vampires

Une plongée dans l'inconnu

Après Goethe, Polidori/Byron, Nodier, Fauriel, Mérimée s'intéresse à son tour aux thèmes du vampire et du mauvais œil. Une bonne partie des ballades de La Guzla est consacrée à ces superstitions ("Le Vampire", "La Belle Sophie", "Constantin Yacoubovich", "Maxime et Zoé", entre autres), et, sous des formes biaisées et renouvelées, elles sont évoquées souvent dans les nouvelles aussi (Colomba, La Vénus d'Ille et Lokis).
Mérimée qui a lu Dom Calmet, Porta et Fortis (1), affiche volontiers ses sources. Dans La Guzla, il expose d'abord un savoir théorique, rapporte des anecdotes censées illustrer ce savoir, et fait suivre cet exposé de plusieurs ballades, présentations brutales d'actions de vampires et de mauvais œil. Ce double traitement produit un effet déconcertant : d'un côté, on a sous les yeux comme une "fiche technique", authentifiée par le narrateur ; de l'autre côté, on plonge dans l'inconnu où tout repère doit être abandonné.

Les ambiguïtés du vampire

Pour Mérimée, ces superstitions procèdent tout naturellement de l'imagination des peuples primitifs, en particulier des peuples des Balkans. Elles produisent, dans des ballades illyriques, de la "couleur locale". Lorsqu'il lit qu'il faut cracher au visage d'un enfant pour le protéger d'une malédiction, le lecteur est dépaysé, mieux, désorienté… Mais le vampire et le mauvais œil sont aussi porteurs de sentiments positifs. Ni l'un ni l'autre ne sont fondamentalement méchants chez Mérimée : les vampires agissent souvent par amour ou pour protéger ceux qui leur sont chers ("La Belle Sophie"), et le mauvais œil, tout en donnant la mort, voit la vérité par-delà les apparences (Colomba). Ni l'un ni l'autre ne sont libres, ils subissent comme une fatalité la malédiction qui les sépare du reste du monde et à laquelle ils ne peuvent se soustraire.
(1) L'Abbé Fortis est l'auteur de Voyages en Dalmatie, paru en 1778 ;
Dom Calmet est l'auteur des Dissertations sur les apparitions des anges, des démons et des esprits et sur les revenants et les vampires, (1746) ;
Jean-Baptiste Porta est l'auteur de La Magie naturelle ou les secrets et miracles de la nature (1631).